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Numismatique moderne

L’intérêt des éléments-traces pour la recherche difficile des origines du métal monétaire avait été mis en lumière par Jean-Noël Barrandon, à propos de l’origine de l’or monnayé romain du IVe siècle. De même, l’étude de l’argent provenant des gisements du Potosi (Bolivie), caractérisé par des teneurs en indium nettement supérieures à celles observées dans le monnayage européen du début du XVIe siècle, a permis de dater l’arrivée de ce métal dans les monnayages espagnol et français et d’estimer sa proportion dans la production des ateliers. Les analyses ont ainsi fourni un indicateur précis de la part prise par l’argent d’Amérique dans l’inflation des espèces et la révolution des prix de la fin du XVIe siècle.

Une étude analogue sur l’impact de l’or du Brésil dans les monnayages portugais, français et britannique au XVIIIe siècle fut lancée à la demande d’E. Le Roy Ladurie en 1990 et publiée en 1999 (réf. 5). Plus développée que la précédente, elle a été menée en collaboration avec J.-N. Barrandon et Chr. Morrisson et associe les approches analytique, numismatique ou historique et enfin macro-économique. Les données des documents d’archives sur les frappes monétaires françaises, les variations des taux de platine, caractéristique de l’or colombien, et de palladium, traceur de l’or brésilien, ont été insérées dans une problématique de la croissance française au XVIIIe siècle. En effet la masse monétaire, et en particulier sa composante or, est une donnée économique de base qu’il convient d’intégrer dans un ensemble d’agrégats cohérents. Les éléments-traces spécifiques, le palladium et le platine, permettent d’estimer la part de l’or en provenance du Brésil (env. 30 % des frappes de la période) et de Colombie (env. 7 à 8 %) dans le monnayage français. On dispose là de la dernière pièce qui vient compléter les autres éléments connus du puzzle, à savoir la balance commerciale avec le Portugal, l’évolution globale du stock d’or en France et les besoins en moyens de paiement, qui sont fonction des prix et de la croissance en volume de la production monétarisée. En référence à ce cadre macro-économique, les auteurs du Cahier Ernest-Babelon 7 (réf. 5) ont pu estimer l’incidence de ces entrées de métal sur le doublement du stock d’or en France au XVIIIe siècle. Après l’expérience de Law qui avait discrédité toute politique de création monétaire contrôlée, cette croissance importante de l’offre de monnaie métallique, assurée par le commerce excédentaire avec l’Espagne et le Portugal a évité un freinage de l’activité, étant donné que sans cet afflux de métal précieux, il aurait fallu une baisse des prix et des revenus pour compenser la hausse de la production monétarisée. Une telle déflation aurait diminué significativement les performances de l’économie française au XVIIIe siècle. Avec l’argent du Nouveau-Monde, l’or du Brésil et de Colombie a donc accompagné la croissance d’une économie où le PIB monétarisé réel a été multiplié par 2,35 de 1700 à 1788.

Bibliographie

  • E. Le Roy Ladurie, J.-N. Barrandon, B. Collin, M. Guerra et C. Morrisson, Sur les traces de l’argent du Potosi, Annales ESC, mars-avril 1990, p. 483-505.
  • M. F. Guerra, J.-N. Barrandon, E. Le Roy Ladurie, C. Morrisson, B. Collin, The diffusion of silver from Potosi in the 17th century, dans Archaeometry 90, E. Pernicka et G. A. Wagner (éd.), 1991, p. 11-18.
  • J.-N. Barrandon, E. Le Roy Ladurie, C. Morrisson et Chr. Morrisson, L’or du Brésil et son influence sur les frappes françaises au XVIIIe siècle : première étape d’une enquête, dans Actes du XIe congrès international de numismatique organisé à l’occasion du 150e anniversaire de la Société royale de numismatique de Belgique, Bruxelles, 8-13 septembre 1991, sous la dir. de T. Hackens, Gh. Moucharte, 1993, t. 4, p. 135-140.
  • J.-N. Barrandon, E. Le Roy Ladurie, C. Morrisson et Chr. Morrisson, The true role of American precious metals transfers to Europe (16th-18th c.) : new evidence from coin analyses, dans Trade and discovery : the scientific study of artefacts from post-medieval Europe and beyond, D. R. Hook et D. R. M. Gaimster (éd.), 1995, p. 171-179.
  • Chr. Morrisson, J.-N. Barrandon et C. Morrisson, Or du Brésil, monnaie et croissance en France au XVIIIe siècle/Brazilian Gold and economic growth in 18th-c. France, préf. d’E. Le Roy Ladurie (Cahiers Ernest-Babelon 7), 1999.
  • Jean-Noël Barrandon, Sur les traces de l’or brésilien dans les monnayages européens, dans Revue européenne des sciences sociales 45, 2007 (La monnaie, personnage historique), C. Vuillermot éd., Paris, 2007, p. 99-106.
  • Chr. Morrisson, La production française au XVIIIe siècle : stagnation ou croissance ?, ibidem, p. 153-165.