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Numismatique byzantine

Un des premiers grands projets du Centre Ernest-Babelon fut consacré à la monnaie d’or romaine et byzantine (réf. 6 et 5). L’analyse des éléments-traces par activation protonique, appliquée pour la première fois à l’or monétaire, se révéla historiquement féconde. Tout d’abord la sensibilité de la méthode (jusqu’à 10-6 g/g) et sa précision (5 % relatifs) permettent de démontrer le degré de pureté exceptionnel (jusqu’à 99,9 %) atteint par le solidus en application des lois de 367/368 et donc la maîtrise des procédés de purification détenue par les monnayeurs romano-byzantins. L’historien peut désormais proposer une interprétation plus fine de l’évolution du titre puisque toute variation, même minime de celui-ci, doit être considérée comme consciente. Dans le cas du nomisma byzantin du XIe siècle, les spécialistes avaient attendu jusque là une altération marquée du titre (chute au-dessous de la limite de 90 % par rapport à la pureté théorique de 100 %) pour oser parler de dévaluation. Grierson avait d’abord daté le début du phénomène de Constantin IX Monomaque (1042-1055), puis l’avait avancé au règne de Michel IV (1034-1041). Or, il faut maintenant reconnaître que l’affaiblissement relatif du titre au-dessous de 95 % à partir du règne de Constantin VII jusqu’à une moyenne de 90 % sous Basile II, bien que modeste, n’en est pas moins significatif d’une certaine « crise du besant au Xe siècle » qu’il faut sans doute mettre en relation avec la reprise d’une politique offensive de Byzance sur sa frontière orientale et dans les Balkans et l’augmentation liée du poids des dépenses militaires.

Sur cette base on peut déceler tous les degrés d’altération possibles, mais aussi et surtout comprendre les procédés de leur mise en œuvre et distinguer les phases de dévaluation par non-purification de celles dues à l’ajout volontaire d’un autre métal dans l’alliage. La mesure du plomb contenu à l’état de trace permet en effet de distinguer les cas où l’argent est présent dans l’alliage monétaire comme composant de l’or natif, de ceux où il a été ajouté volontairement. Dans le premier cas, la non-purification peut aller très loin puisque l’or natif contient jusqu’à 30 % voire 40 % d’argent. C’est le phénomène observé dans la première phase de la dévaluation byzantine. La distinction de ces modes d’altération n’a pas qu’un intérêt technologique ; elle a en effet des implications importantes sur les quantités frappées : une altération de l’or d’un quart (baisse du titre de 100 % à 75 % par exemple) par ajout d’or natif ou non purifié permet de multiplier par 4,5 la masse monétaire tandis que la même altération par ajout d’argent, effectivement pratiquée à partir de 1068, ne l’augmente que de 30 %. La modélisation proposée en fonction de ces principes explique la chute accélérée du nomisma (de 70 % à 10 % d’or fin) entre 1070 et 1092.

Selon ces lignes, ont été également étudiées dans le détail l’évolution de la monnaie d’or byzantine des ateliers provinciaux d’Afrique et de Sicile du VIe au IXe siècle (réf. 2) et l’altération de l’hyperpère à Nicée et Constantinople (1204-1342) (réf. 8). Plus récemment, l’analyse des monnaies d’argent et de billon de la période tardive (1204-1453) (réf. 16) a permis de mieux comprendre les transformations complexes du système monétaire byzantin sous l’influence de l’ouverture des marchés, des rapports or-argent contrastés en Europe et en Orient et de la pénétration des Occidentaux en Méditerranée orientale.

D’autre part, la mise en évidence dans le Cahier Ernest-Babelon 2 (réf. 5, p. 130-133) de l’accroissement du diamètre du flan du nomisma, afin de conserver à celui-ci un poids constant malgré l’augmentation de son contenu d’argent à la fin du Xe siècle, a fourni la base d’une autre étude pluridisciplinaire menée avec F. Delamare et P. Montmitonnet (CNRS/École des Mines, Centre de Mise en Forme des Matériaux) sur la forme du solidus byzantin (réf. 4 et 18). L’approche mécanique de la frappe des monnaies appliquée à l’étude de l’évolution du solidus permet aussi d’expliquer le mystère des monnaies concaves byzantines, improprement dites « scyphates ». Cette forme extravagante découle des contraintes imposées par le flan élargi du début du XIe siècle : la surface augmentée demandait une trop grande dépense d’énergie pour être frappée ; les monétaires ont donc choisi de diminuer le relief de la gravure et d’utiliser des coins d’un diamètre inférieur à celui du flan. Ce sont les contraintes subies par le métal dans l’anneau externe non frappé du flan qui entraîne automatiquement la concavité (réf. 4, fig. 13).

Les données ainsi acquises ont permis de comparer les standards monétaires et les processus de dévaluation adoptés dans les pays voisins, adversaires ou successeurs de Byzance, ainsi le besant d’or de Chypre (XIIe-XIIIe s.) (nos 14-15), le « besant sarracénat » , monnaie du royaume latin de Jérusalem imitant le dinar fatimide mais proche de l’étalon byzantin du XIIe siècle, d’analyser la dévaluation parallèle des tremisses frappée dans l’enclave byzantine de Carthagène et Malaga et des monnaies visigothiques (no 20), de confronter la composition des solidi byzantins de Carthage avec celle des solidi arabo-byzantins rapidement altérés entre 79 et 84 H (698-703 de n. è.), peut-être avec de l’or provenant d’Égypte (réf. 21).

Bibliographie

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